Depuis quelques mois la
municipalité proclame haut et fort que « les compteurs d'eau vont
être mis en place ». Si le principe du comptage de l'eau par
un compteur individuel est devenu une nécessité pour des raisons
d'équité (on paye ce qu'on consomme) et de respect des
réglementations française et européenne, sa mise en place ne peut
se réduire à de simples slogans prononcés en conseil municipal ou
lors d'un discours du 15 août.
En effet, un certain nombre de
problèmes vont se poser nécessitant de la part de la mairie
et de son conseil municipal des réponses adaptées à l'histoire
locale sur l'alimentation en eau et aux différentes
situations personnelles mais communes qui ne manqueront pas de
surgir à cette occasion.
Le prix du m3 d'eau est le
premier obstacle qui se présente d'autant que depuis deux ans
la population a subi des augmentations très importantes. Comment
sera calculé ce prix?
La municipalité va-t-elle se
référer à la consommation moyenne des français (76 m3 alors
que nous en « consommons » 230 m3) pour appliquer ses
nouveaux tarifs ou alors calculer le prix de telle manière qu'elle
s'assure du maintien des recettes actuelles au même niveau? Il ne
faut pas oublier que si nous « consommons » autant de
m3 d'eau les causes en sont multiples : consommation
domestique réelle, arrosage , fuites, pertes ...
Le dernier rapport municipal sur
l'eau que j'ai pu consulter (année 2005) montre que nous
n'utilisons que 10 à 15 % de l'eau qui s'écoule ( le bassin
hydrologique de Breil est l'un des plus riches en sources et cours
d'eau de la vallée de la Roya ) ; cela ne signifie en rien que je
sois opposé aux compteurs, j'y suis favorable pour les
raisons évoquées précédemment mais le prix du m3 doit intégrer ce
paramètre d'abondance relative. Le plus sûr moyen pour créer une
des conditions d'un prix raisonnable est de pouvoir stocker l'eau
dans davantage de grands bassins de rétention qui font à ce jour
défaut. La création d'un bassin important vers le quartier de
Granile me paraît indispensable d'autant que la population de la
commune devrait s'accroître notablement (+ 800 habitants) d'ici
quelques années.
Un autre élément va compliquer la
tâche. Beaucoup d'habitants utilisent l'eau de la ville pour
arroser leur jardin (quelques-uns remplissent leur piscine) n'ayant
pas d'autres possibilités (ce qui est mon cas pour l'arrosage du
jardin familial des Tuileries, bien que disposant d'un droit
d'eau). Des solutions alternatives peuvent mises en place en
utilisant par exemple l'eau de la Roya ou celle des autres
cours d'eau à partir de canaux existants, certains étant délaissés
voire abandonnés, ou en créant de nouveaux canaux. Si ces solutions
ne sont pas viables pour certains, au regard du potentiel en eau de
la commune, la création de compteurs d'eau agricole avec un tarif
préférentiel pourrait être proposée.
Pour la réussite de ce passage du
robinet au compteur la mairie doit privilégier le débat, le
dialogue au niveau des différents quartiers et la
transparence dans les décisions. Tout doit être mis sur la table
avec un échéancier crédible et la garantie que la mairie gardera le
contrôle de la gestion de l'eau depuis son captage, en passant par
le stockage, la distribution, la gestion des compteurs jusqu'au
traitement des eaux usées.
André IPERT