Le fait de baptiser une rue ou une place du nom d’une personne célèbre ou admirable, ne doit rien laisser au hasard.
Le 14 Juillet dernier, à l’occasion de l’anniversaire de la prise de la Bastille, la municipalité de BREIL a décidé de donner à l’esplanade du moulin d’ « A coupera », le nom de « square Thomas JEFFERSON » 3ème Président des Etats-Unis d’Amérique.
Thomas JEFFERSON était-il la personnalité qui aurait le plus mérité de voir son nom apposé sur le fronton de cette esplanade typiquement provençale, face à ce magnifique moulin à huile parfaitement rénové et décoré ? Cette décision n’a-t-elle pas été trop hâtive ? N’aurait-elle pas mérité une réflexion plus approfondie ? A la porte d’un moulin à huile, le nom de Frédéric MISTRAL n’aurait en rien dénoté par exemple.
Ambassadeur des Etats-Unis en France, engagé dans la révolution américaine, Thomas JEFFERSON fut le principal auteur de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Il avait parcouru notre pays pendant deux ans. En 1787 son regard s’est porté sur BREIL. Ébloui par la beauté des paysages et principalement par cette merveilleuse oliveraie qui nous entoure, il a laissé des écrits. Cela mérite notre respect certes, mais… (Car il y a un mais).
Comme bien d'autres personnalités du XVIIIe siècle, Thomas JEFFERSON avait des idées qui peuvent sembler contradictoires avec ses actions sur la question de l'esclavage, cette plaie encore béante de l’histoire de l’humanité. Selon lui, les Afro-Américains étaient inférieurs aux Blancs, quant à l'égalité politique, elle excluait les femmes, les Indiens et bien sûr les Noirs. À cette époque, il était convaincu que les Noirs ne pouvaient s’assimiler et que la question de l’esclavage menaçait la fragile unité du nouveau pays. Voici un trait de la personnalité de Thomas JEFFERSON, qui s’est trouvé quelque peu occulté et qui a pourtant une grande importance.
L’Histoire de Breil et des breillois (cf le livre de Charles BOTTON), nous rappelle que la Roya a tout au long de l’histoire de France été un axe important, qui a vu passer des personnages historiques de premier plan. A commencer par le roi Louis XII, prédécesseur de François 1er, en 1500, lors de sa campagne d’Italie. En reconnaissance, la famille des COTTALORDA qui l’avait accueilli, porte une fleur de lys sur ses armoiries. Charles QUINT en 1536 aussi avait suivi cette voie, ainsi que le duc de Savoie Victor Amédée II, également roi de Sicile et de Sardaigne, en 1720. En 1794 les généraux révolutionnaires BONAPARTE, MASSENA, RICORD et RUSCA sont eux-aussi à Breil lors de la tentative d’invasion du Piémont. Tous auraient au même titre que Thomas JEFFERSON mérité de voir leur nom apposé au coin d’une rue de Breil, pour y être passé.
La reconnaissance des breillois illustres ou qui ont eu un comportement héroïque est sans doute l’approche qui réduit le plus la contradiction dans ce domaine. Parmi les breillois illustres on pourrait par exemple relever Catherine MALACRIA, célèbre poétesse ; le prêtre Léandre COTTALORDA de Sainte Cécile ambassadeur du roi Charles Emmanuel III de Savoie, qui n’ont pas leur rue, et bien d’autres.
Plus récemment les derniers épisodes de notre histoire de France ont révélé des hommes et des femmes admirables. Au même titre que le résistant Henri CELLIER qui a « sa » place, Marius CAUVIN, Anselme et Torcisius BARIN, Charles et Jacques MOLINARI, Adrien ROSA et d’autres là aussi, qui se sont illustrés par leur courage à défendre nos libertés menacées, auraient bien mérité ce rappel au devoir de mémoire.
Alors, la prochaine fois, sur cette question, ne faisons pas l’économie d’un débat et élargissons le cercle de ceux qui peuvent y contribuer, pour perpétuer au mieux le lien générationnel et la reconnaissance.
Michel Masséglia



